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Les assises de la Montagne Corse




Le Parlement de la Montagne Corse

Les assises de la Montagne Corse
« I Scontri di a Muntagna Corsa / Les Assises de la montagne Corse » est le rendez-vous annuel de tous les acteurs des territoires de l’intérieur permettant d’aborder diverses thématiques et problématiques de développement.
Ces rencontres sont l’occasion d’échanges et de débats pouvant donner lieu à la capitalisation de bonnes pratiques et à la définition d’axes stratégiques, à soumettre à l’approbation de l’Assemblée de Corse, en vue de leur mise en œuvre.
Cette 5ème édition permet de présenter l’ensemble des travaux effectués par le Cumitatu di a Muntagna Corsa et d’aborder différentes thématiques comme notamment la filière bois-forêt, la gestion de la fréquentation et l’autonomie alimentaire.

Le programme détaillé

Jeudi 10 février
 
9h30 : accueil des participants
 
10h00-12h30 : Séance plénière 
  • Introduction des travaux par Gilles Simeoni, Président du Conseil Exécutif de Corse et Jean-Félix Acquaviva, Président du Comité de Massif
  • Présentation des ateliers de la filière bois-forêt par Julien Paolini, Président de l’AUE
  • Présentation des ateliers relatifs à la gestion de la fréquentation par Angèle Bastiani, Présidente de l’ATC et Guy Armanet, Président de l’OEC
  • Débat sur l’autonomie alimentaire – Dominique Livrelli, Président de l’ODARC
    • Présentation du projet banque de semence – Office de l’Environnement
    • Présentation du Projet Alimentaire Territorial du Fium’Orbu, Francis Giudici, Président de la Communauté de Communes de Fium'orbu Castellu
 
14h00 – 16h00 Ateliers simultanés
  • Atelier 1 : gestion de la fréquentation : comprendre pour anticiper
    • Animateur : Pierre Marcellesi, Président de la Communauté de Communes de l’Alta Rocca
    • Thématiques abordées : comprendre la fréquentation pour mieux l’appréhender, organiser la fréquentation pour un accueil de qualité, aménagement et gouvernance…
 
  • Atelier 2 : quels projets pour la filière bois ?
    • Animateur : Don-Marc Albertini, Maire de Ghisoni
    • Thématiques abordées : bois d’œuvre, bois énergie, qualité des produits, nouveaux produits bois, soutiens publics, commande publique…
 
Vendredi 11 février
 
10h00-12h00 : Ateliers simultanés
  • Atelier 3 : La gestion des risques dans les espaces naturels sur fréquentés :  le risque comme vecteur de gestion
    • Animateur : Ghjuvan’Santu Le Mao, Conseiller à l’Assemblée de Corse
    • Thématiques abordées : les milieux naturels soumis aux changements climatiques et évolution des pratiques, évaluation des risques, prévention et outils de la prise de décision…
 
  • Atelier 4 : La multifonctionnalité de la forêt, support du développement des territoires ?
    • Animateur : Frédéric Mariani, Maire d’Olmi-Cappella
    • Thématiques abordées : tourisme et activités sportives en forêt, pastoralisme, chasse et pêche, circuits courts, produits non ligneux, biodiversité, Natura 2000, espaces protégés…
 
14h00 : Restitution des ateliers
 
15h30 : Conclusion et fin des travaux

La synthèse des assises en téléchargement


document.pdf document.pdf  (3.21 Mo)

Le texte complet du discours introductif de Dumenicu Livrelli sur l'autonomie alimentaire

"L’autonomie est au centre des revendications nationalistes depuis plus de cinquante ans. Si par autonomie nous entendons en premier lieu une autonomie de plein droit et de plein exercice, il nous faut trouver des moyens de contourner l’obstacle constitutionnel pour mettre en place une autonomie de fait. Et cela passe inévitablement par une réelle autonomie alimentaire.
 
C’est pourquoi je remercie le Président du Conseil exécutif de Corse ainsi que Jean-Félix Acquaviva, Président du Comité de massif, et ses services, de nous avoir tous réunis autour de cette thématique et de me permettre, modestement, d’en poser les termes.
 
Force est de constater que nous partons de loin, même si la volonté politique a déjà été affirmée dans la rédaction du PADDUC en 2013. Maigre consolation, nous sommes loin d’être les seuls : les pays, territoires et régions du monde entier se retrouvent aujourd’hui dans une extrême dépendance aux approvisionnements extérieurs pour l’alimentation de leurs populations. En cause, la mondialisation, l’hyperspécialisation des territoires, la concentration et l’exploitation intensive pour réduire au maximum les coûts en réalisant toujours plus d’économies d’échelles. Pourtant ces 15 dernières années, plusieurs crises, économique, financière, sanitaire, ont mis en lumière les fragilités des systèmes mondialisés et les risques importants d’effet domino, dans tous les secteurs et aux différents niveaux de la société.
 
Cette question de l’anticipation des crises et de la résilience alimentaire, encore plus après les deux ans que nous venons de passer, le monde entier se la pose, à divers degrés.
 
A titre d’exemple, lors de la grande crise financière qui a si durement frappé la Grèce il y a une dizaine d’années, les analystes ont pu observer que les populations les mieux épargnées étaient celles de l’île de Crète, qui avait développé, en parallèle du tourisme, une réelle économie de production agricole. Comment ? Au lieu de transformer les agriculteurs en hôteliers, ils avaient transformé les hôteliers en agriculteurs.
 
La résilience de la Corse en cas de grosse crise est relativement faible, on estime notamment que les stocks alimentaires disponibles sur l’île à un instant T correspondent à environ 3 jours d’approvisionnement pour l’ensemble de la population. Si les transports de marchandise étaient brutalement stoppés, pour une raison ou pour une autre, les magasins seraient vides au bout de 3 jours.
Cela constitue à l’évidence une menace élevée, et appelle, à l’instar des objectifs de la PAC européenne, une politique vigoureuse de renforcement de la sécurité alimentaire.
 
Si la PAC a en effet inscrit cette dimension de sécurité alimentaire dans l’un des 9 objectifs de la programmation future 2023-2027, on peut regretter que la dimension de l’insularité propre à Corse ne figure pas dans les éléments pris en compte pour traiter de la question alimentaire.
 
Prendre le chemin de l’autonomie alimentaire suppose de disposer de la latitude nécessaire pour répondre à la fois aux besoins alimentaires de la population et à la durabilité, diversité et productivité des exploitations agricoles.
Si on veut parvenir à une véritable autonomie alimentaire, il faut réussir à faire converger notre production agricole et la demande des ménages, et notamment il faudra approfondir les connaissances sur les sujets d’alimentation et de santé publique, la logistique, les méthodes d’organisation et de gestion de l’ensemble des flux et des stocks à l’échelle de l’île.
 
La part du local dans la totalité des produits d’origine agricole consommés par les ménages tourne autour de 2% en moyenne dans les villes françaises. Bastia, avec 2,66% se situe à la 23e place sur les 100 principales agglomérations et Aiacciu avec 1,88%, occupe la 46e place.
 
Notre défi sera d’améliorer notre positionnement, en faisant, dès aujourd’hui, des choix stratégiques et politiques ambitieux.
Mais je voudrais insister sur un point. Atteindre l’objectif d’une autosuffisance alimentaire doit être un objectif commun. De l’urbanisme à la préservation de l’environnement en passant par l’hydraulique, le développement rural, le foncier et bien sûr l’agriculture, toutes nos actions doivent être coordonnées. Nous pouvons compter sur la convergence des politiques publiques, sous la responsabilité de la Collectivité de Corse, sur la collaboration entre l’ensemble des offices et agences, et avec le Comité de Massif, mais aussi une démarche inclusive qui sensibilise les citoyens et l’ensemble de la société civile, dans laquelle chaque élu de proximité peut apporter sa pierre.
 
Collectivement, nous avons les moyens de faire évoluer positivement la situation.
Les zones agricoles à forte potentialité ont été classés par le PADDUC en E.S.A (Espaces Stratégiques Agricoles) ce qui représente près de 105 000 hectares. Loin de nous la volonté de les sanctuariser sans but, mais bien de les mettre en production.
 
Donc oui, le potentiel, nous l’avons. Les compétences et l’implication humaine de nos agriculteurs, nous les avons. La volonté politique également. Et les enjeux du 21è siècle nous donnent raison.
 
Une alimentation en circuit court c’est :
-          Plus de résilience et de sécurité alimentaire en cas de crise, mais aussi :
-          Moins d’émission de gaz à effet de serre pour le transport des marchandises
-         Une plus grande fraîcheur et une meilleure qualité des aliments
-    Transformer sur place et donc relocaliser des emplois et faire reculer le chômage
-  Conserver la vocation agricole des terres et lutter notamment contre les phénomènes de spéculations foncières.
 
Au lieu d’une agriculture hors-sol, capitalistique voire cotée en bourse et déconnectée de ses missions d’intérêt public, nous cherchons à redonner du sens et à replacer l’agriculteur au cœur du système, comme un acteur nourricier indispensable et respectable. On peut d’ailleurs se réjouir de la dynamique insulaire en termes de nouvelles installations, qui nous démarque des autres territoires et représente un atout dans cette volonté de relocalisation.
 
Pour atteindre notre objectif, il nous faut soutenir la production, tout en incitant les agriculteurs à se tourner vers des filières susceptibles de nourrir les populations au quotidien, même si ce ne sont pas forcément les plus rémunératrices à court terme. Malheureusement, la PAC ne jouera pas pleinement son rôle de soutien à la production, malgré l’obtention auprès du Ministère d’une augmentation de l’aide pour les élevages ovins-caprins. Nous devrons donc imaginer et mettre en œuvre d’autres pistes, dont certaines sont déjà à l’étude ou en phase de concrétisation.
Une collaboration étroite entre les services de l’ODARC et le Comité de Massif nous permet d’annoncer aujourd’hui le lancement proche d’un projet pilote  transversal.
En identifiant les terres - notamment communales - disponibles, nous pourrons lancer des sites pilotes de mise en culture de productions nécessaires à une alimentation diversifiée pour nos populations.
Une première prospection a été menée auprès de certaines communes, communautés de communes et Associations Foncières Pastorales, afin d’évaluer la faisabilité de la démarche. Cela nous a confortés dans notre volonté. A titre d’exemple, la commune d’U Mucale serait prête à inscrire 10 hectares à ce projet. De même, la commune de Montegrossu de 5 à 8 hectares. A cela s’ajoutent des terrains déjà potentiellement mis à disposition par des communes et AFP du Niolu, de Castagniccia, du Nebbiu, du Taravu, de l’Alta Rocca.
Il s’agit de mutualiser fortement les moyens financiers, techniques et humains de l’ODARC, de l’OEHC, du Comité de Massif, du PNRC, dans des opérations d’installation d’agriculteurs « clefs en main » visant à la fois à l’augmentation significative de production de biens agricoles de première nécessité mais aussi de les rendre accessibles à la population en circuits courts. Toutes les communes et communautés de communes de l’île seront contactées pour que ce projet monte en puissance progressivement.
Un comité de pilotage est prévu pour assurer un suivi efficace de la démarche.
 
Un travail de réflexion en amont (foncier, qualité des sols, maîtrise des semences, autonomie des élevages, complémentarité entre les filières animales et végétales, gestion des invendus…), comme en aval, avec une structuration différente des circuits de distribution existants, et avec des solutions innovantes.
De nouveaux outils sont envisageables depuis la loi EGALIM, Loi du 31 octobre 2018 « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire ». C’est dans ce cadre qu’ont été initiés par Appel à Projets les P.A.T. ou Plans Alimentaires Territoriaux, comme celui dont nous allons parler tout à l’heure, mais aussi celui porté par la Communauté de Communes de L’Isula Rossa ou encore celui du Sartinesi. Différents territoires travaillent en parallèle à la sensibilisation du consommateur et de la restauration avec la création de marques locales. On peut saluer à ce sujet l’initiative de jeunes étudiants de l’Université de Corse avec le projet Manghjemu Corsu.
Enfin, on parle aussi de plus en plus de Marchés d’Intérêt Territoriaux, l’équivalent, à une échelle territoriale du MIN de Rungis, et les services de l’ODARC sont d’ores et déjà à pied d’œuvre pour permettre la mise en place d’un MIT Corse, ce qui permettra de regrouper en un même lieu l’offre et la demande dans les secteurs de l’alimentaire et de l’horticulture.
 
Les grandes mutations du monde nous ont fait prendre conscience que les 40 ans de retard que nous pensions avoir sont en réalité 40 ans d'avance. Là où les autres essaient de retrouver les savoir-faire traditionnels indispensables à l’autosuffisance, nous avons la chance de ne pas les avoir perdus. Il n'y a pas si longtemps, évoquer l’autosuffisance alimentaire de la Corse aurait été au mieux qualifié d'utopiste, au pire raillé. Il est temps de capitaliser nos potentialités. Cette utopie n'en est plus une.
 
Oghje, avemu tuttu in manu pè fanne una realità. A terra l’avemu, u sole ùn ci manca, l'acqua ci hè. Avemu ancu a vulintà.
Cosa ci Manca ?"
 

Rédigé le Lundi 4 Avril 2022 à 14:29 | modifié le Lundi 4 Avril 2022





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